01 Feb Les Murs de la grotte

mursdelagrotte250GENRE

Poésie

ANNÉE DE PARUTION

1998

ÉDITEUR

Éditions de La Différence

COLLECTION

Clepsydre

 

 

EXTRAITS

 

Tu habites les bords du labyrinthe

et cherches inlassablement le passage

qui ramène à l’origine, – fut-elle ce point rebelle

cette masse trop dense venue d’autres passés.

 

Fragile particule d’air et d’eau

le long de la pente, qui remontes

et redescends, – tu étends ton corps épuisé

aux confins de la lumière. Qui suis-je

demandes-tu, mais nul ne peut répondre

avant que se retourne le sablier.

*

Chacun va, dans sa caverne d’enfant

retrouve les ombres animées d’oiseaux, de poissons

de reptiles sur les murs

ses jeux de sable et d’eau

qui emplissaient l’univers.

 

Toutes choses se dispersent, aujourd’hui

que la nuit chute dans l’immensité

le ciel qu’alors tu regardais comme un manège

a défait son chapiteau.

 

Tu regagnes le fond de l’enfance

où chacun est loin, si loin dans son monde

de figures éphémères.

 

Comme chacun, tu lutteras aux portes de la caverne

contre le reflet qui s’y glisse encore.

*

Nul n’est chez soi

ici, là-bas, l’unique espace

est le monde, l’intérieur du monde

que l’on gravit, pas à pas

jusqu’aux racines silencieuses du ciel, – gravir

plaines et océans, neiges et semailles

de nos pays de froids.

 

Nul n’est chez soi, ici

là-bas, nous creusons, nous cherchons

ces âges jamais perdus, jamais possédés

– le rivage où s’arrête la petite aiguille de nos vies.

 

Nul n’est chez soi. Ne possède rien.

Nul n’avance, ne va

plus loin qu’en lui-même.

*

Le jour décline, et l’arbre

enchâssé dans ses ombres

presse la mince couche de bleu.

 

Si maintenant je lève les yeux

et veille, tels ces blessés qui fléchissent

au portail des étoiles, si je lève les yeux

peut-être approcherai-je aussi

de cette destinée, – légère ascension

dans l’espace désolé.

                      

Et le vent, maintenant le vent

sur la pierre oubliée, qui s’attarde.

Elle tombera bientôt, dans le magma d’autres pierres.

 

Ruines, ruines, disséminées dans l’histoire

– géométrie compliquée d’un monde

plongé dans la joie douloureuse du temps.

 

Saurai-je aussi me jeter

en moi-même comme en un puits, et sans filet

consentir à cette ombre qui pointe

vers d’autres lumières ?