26 Jan Portraits de mers

portraits250GENRE

Poésie

ANNÉE DE PARUTION

2000

ÉDITEUR

Éditions de La Différence

EXTRAITS

Nous ne sommes plus très loin de la mer ;

là s’achèvent les années d’attente

et de luttes.

 

Je n’ai pas de réponse, ma vie tient à ce fil

de poèmes lentement édifiés.

S’y élève et s’y brise. Telle est ma demeure

et telle, ma destinée.

 

Ainsi disais-je, tandis qu’une lumière pointa

sur l’autre rive. Traverserai-je

maintenant que ta voix s’est tue, maintenant

que ton visage fixe l’absence et fléchit l’ombre

– je touche l’infinie quiétude

l’espace immense

encore inhabité.

 

Me voici à cet âge

où les jours larguent nos poids de peurs

défrichent nos sentiers de silence

et de ruines réunis.

 

La mer dessine la parfaite traversée :

je n’emporte rien.

Nulle empreinte, nulle histoire brisée.

Comme île, m’emporte le voyage.

*

Le soleil monte, la brise se tait

le bord du ciel demeure pur.

 

Un premier navire s’éloigne

– blanches voilures qui battent

et pareilles aux vagues se froissent.

 

Quelle destinée ? Quelle mesure

du vent, de l’obscur, et du temps

quel espoir ?

 

L’un après l’autre vont les navires

chacun vers l’inconnu qu’il révèle.

Chacun rameute son poids de questions

comme refluent et se délient

les nuages dans la tempête.

 

D’où cette terre ? ce rivage

du bout de l’âme que l’on touche ?

 

Le voyage secoue mon corps, mon cœur.

Ce qui meurt me brûle

et je ne sais encore brûler

du feu de ma vie.

*

Parfois, prenant appui sur la pierre où s’immisce le temps

je regarde les traces de ton passage

– ce plein de silence et le peu de visible

où résonnent nos vies, monde obscur

de poussière –, tout vacille maintenant

que se rouvrent les blessures, telles des arches

qu’il me faut franchir.

 

Passé le seuil, ma voix

portera peut-être

jusqu’à ton absence.

 

Combien de temps la terre

vibrera-t-elle à ta mémoire

comme tremble cette branche

d’où s’élance l’oiseau ?

Vers quel oubli, mon âme

ne puis-je te reconduire ?

 

En cette histoire qui jette son vide dans nos mains

quelque chose sourd de la matière, s’élève

et brûle de cet appel sans corps, sans visage.

 

Amour, sur quelle énigme

te penches-tu comme retombe la flèche

au revers de ce monde ?

 

PRESSE

Nuit Blanche – janvier 2003