10 Jan L’étreinte des vents

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GENRE

Roman

ANNÉE DE PARUTION

2009

ÉDITEURS

Druide – réédition en format de poche (2018)
Les Presses de l’Université de Montréal (2009)
Paru en France sous le titre L’âme rentre à la maison, Éditions de La Différence (2010)
Traduction en russe – Kommentarii (2011)

MOT DE L’ÉDITEUR

Une île. Un ultime retranchement à l’intérieur de la solitude avant de renaître à soi et au monde. Ainsi la narratrice amorce-t-elle ce voyage introspectif où les forces de la nature évoquent les bouleversements qui nous transforment lorsque des secousses chavirent nos vies. Un récit méditatif aussi bouleversant que magnifique sur la rupture amoureuse, sur les forces et les failles qui nous constituent face aux épreuves du temps, soutenu par le grand pouvoir d’évocation de l’écriture d’Hélène Dorion.

PRESSE

« C’est une analyse sur l’amour que propose Hélène Dorion dans ce texte élégant et grave. Elle veut aller à l’essentiel : aux racines de l’amour. Cette intellectuelle de haute volée, poète, philosophe, artiste, est publiée et primée un peu partout, et notamment en France. Elle donne dans ce récit une leçon d’amour, une leçon d’espoir résolument positive et solidement fondée sur l’observation et l’introspection. »

– Jean Soublin, Le Monde des livres, France

« Hélène Dorion poursuit sa quête de sens, sondant l’âme humaine et l’essence des êtres. Un récit poétique, intime, profond, et, surtout, empreint d’une grande beauté. »

Les Libraires 

« Beau livre, grave et méditatif, qui ne cherche pas à séduire mais à conduire son auteure au plus près de sa vérité et qui incite le lecteur à s’engager dans le même chemin. Livre de poète, qu’est Hélène Dorion, où analyse intérieure, contemplation de la nature, réflexion sur la mémoire et sur le temps, sur ce que nous sommes, visent dans leur alliance à la plus haute intensité et portent la forme à sa plus forte concision. L’expérience y nourrit l’écriture, l’écriture y épure l’expérience. »

– Roland Bourneuf, Nuit Blanche

« Comment parler d’un livre aussi riche, aussi fort ? Qui ébranle à ce point ? Qui va aussi loin dans la réflexion, dans l’introspection, dans l’émotion ? Comment le dire autrement : L’étreinte des vents est porté par la grâce. Ce pourrait être une étude philosophique, Ce pourrait être un récit intime. Ce pourrait être une suite de poèmes en prose. Ce pourrait être tout cela en même temps. Disons que c’est un récit comme on n’en a jamais lu. Sa voix intérieure nous parle à l’oreille. Son rythme, ses mots, nous les avons dans la peau. Nous lecteurs : si pressés, sollicités, habitués au tout-cuit, au tout-mâché et remâché. Nous, lecteurs : assaillis de bruits, d’images, de télé-réalité. Si souvent éméchée de réfléchir, de ressentir. C’est un livre sur la rupture et le recommencement. Un livre qui nous amène à voir autrement. À voir comme tout change, renaît. »

– Danielle Laurin, Le Devoir

« Maintes fois dans son œuvre poétique, Hélène Dorion a posé la question du rapport à l’autre. La réponse a tour à tour tiré le sujet des poèmes du côté de l’intériorité, de l’éthique puis de la métaphysique, l’écriture oscillant entre l’intimisme (Les retouches de l’intime, Les corridors du temps) et haut-lyrisme (magnifiques Un visage appuyé contre le monde, Sans bord, sans bout du monde et Portraits de mers). Ce récit d’une rupture quasi initiatique, épreuve du feu et exposition aux éléments, s’avoue aventure spirituelle, quête de l’Amour en l’amour, du Tout à travers l’Un.»

– Rosalie Lessard, magazine Spirale

« Nul n’a besoin d’avoir vécu une rupture pour être percuté par ce récit poignant de justesse et de vérité. Hélène Dorion sonde les sentiments humains avec une attention incomparable, ce qui lui permet d’atteindre une universalité incommensurable. Ce récit mérite d’être lu par quiconque. Je ne vous cacherai pas que de le lire à la suite d’un tel événement, ça chavire. »

– Raphaëlle Mirandette, Le fil rouge

ARTICLES DE PRESSE

Le Devoir – novembre 2009
Nuit Blanche – été 2010
Le Monde des livres – décembre 2010
Revue des sciences humaines – octobre-décembre 2011
Spirale – mars-avril 2010

EXTRAIT

Les vagues

Elles se gonflent soudain, se cambrent puis rebondissent et vont s’affaisser sur le sable, éclaboussent les rochers qu’elles rongent imperceptiblement et, lorsqu’elles se retirent, elles laissent derrière elles un rivage dur et froid sur lequel gisent des coquillages brisés, des squelettes de poissons et carapaces de crustacés à moitié grignotés.

Tout se trouble en moi, les images se superposent – l’Ami en allé, l’Amie disparue, et le visage de ma mère au moment de l’adieu, cet instant qui révèle ce qui compte vraiment, quand plus rien ne compte sinon ce qui est là, dans le présent qui vibre violemment, la vie s’ouvre en même temps qu’elle se referme. Je regarde le visage de ma mère ; dans quelques heures elle ne sera plus et avec elle s’en ira le témoin de chacun de mes pas, – une heure de moins déjà, elle va dans le lointain de sa vie en me reconduisant vers le plus proche de la mienne, et pendant que je souffle à son oreille de larges corridors de lumière, dessine un monde d’étoiles, elle achève son vaste voyage. Le soleil descend derrière la montagne, je couvre ses épaules avec le drap – combien de temps faut-il pour remonter le chemin, faire le bagage de tant d’années, voir enfin la figure que nos pas ont tracée, saisir une dernière fois les joies, effacer les regrets, laisser là les tourments, les manques et les peines, les questions irrésolues ? combien de temps avant de ne plus désirer sentir le vent sur son visage, prendre le corps de son époux contre soi, celui de ses enfants ? combien de temps faut-il avant de pouvoir s’abandonner à ce qui est là, déjà, avant d’ouvrir la main, et que glissent celles que l’on a tenues, une vie durant, et que plus jamais l’on ne tiendra, sinon – peut-être – de l’autre côté de ce ciel visible par la fenêtre ? Un souffle, un dernier souffle, et il ne reste aucun mot, il n’y a que l’amour, juste l’amour. Et ce « jamais plus » qui déjà remplit l’horizon, avec lequel il faut vivre, désormais – jamais plus la voix de ma mère, jamais plus le corps de ma mère, jamais plus ses bras qui m’entourent, ses mots qui me rassurent, jamais plus son odeur, ses rires fous, ses larmes étouffées, jamais, plus jamais ma mère. Juste ma vie, douloureusement libre, vulnérable aux vents.
Désormais il y a un « monde d’avant », et un « monde d’après »…
… comme si le toit de ma maison avait été brusquement arraché, comme si la bourrasque trop forte avait détaché le filet au-dessous de mes pas, comme si un silence s’était déversé sur chaque chose, comme si les grands vents n’avaient laissé que l’essentiel : ce bref instant, le présent, périssable, ouvert.

Pareilles à des mémoires, les vagues se croisent, s’entremêlent et ne forment plus qu’une onde, un océan qui ne sait plus le passé, ne sait plus le présent. Je ferme les yeux sur les visages entrelacés devant moi, et je commence seulement à entendre la voix de l’un, à reconnaître les traits de l’autre, à éclairer les chemins qui se sont embrouillés.
Il faut des années, une vie peut-être pour voir l’Autre en dehors de soi, pour comprendre que l’on n’aura jamais accès qu’à une part infime de ce qu’il est, mais aussi de ce que nous sommes, et que cette connaissance parfois fait de l’ombre, parfois de la lumière.

Face au balancier de la mer, je retrouve la sensation du temps qui ne faisait que passer, que laisser passer la douleur. Mon corps, mon âme portent les traces de cette traversée du feu. Il n’y a rien devant, juste l’habitation de cette matière fluide qu’est la vie. Je retourne le sablier. Je laisse le feu qui brûle devenir feu de transformation. La ligne est mince, qui sépare l’impression du vide de celle du plein, car le rien peut aussi bien être la joie, la joie très simple d’être vivante.

VIDÉO

Un film de Pierre-Luc Racine
Musique de Movediz